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Haruki Murakami : A l’ouest du soleil

7 Février 2014 , Rédigé par Nicole Faucon-Pellet Publié dans #j'ai lu

Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil, Haruki Murakami

Hajime est fils unique. Sa copine de classe, Shimamoto-san traîne légèrement la jambe à cause d’une poliomyélite contractée en bas âge. Ils aiment tous les deux les livres, la musique, les chats, éprouvent la même difficulté à exprimer leurs émotions, ont une longue liste d’aliments bannis, n’ont aucun mal à travailler les matières qu’ils aiment mais détestent faire des efforts pour celles qu’ils n’aiment pas. Ces deux enfants s’aiment d’amour. Puis les parents de la fillette déménagent ; elle disparaît.

Le second amour d’Hajime c’est Izumi, ce qui signifie « Source ». Elle se sent comme un escargot sans coquille ; Hajime rêve de la déshabiller, sans passer à l’acte puis couche avec sa cousine avant d’entrer dans la vie active où il exerce le métier monotone de correcteur de livres scolaires.

Dans sa vie professionnelle, il étouffe son imagination, se sent oppressé, son moi véritable se rétréci, il a peur de disparaître.

Un jour il suit une fille qui boite comme Shimamoto-san, n’ose pas l’aborder, se fait sermonner par un homme qui lui donne une enveloppe blanche qui contient dix billets de dix mille yens tout neufs. L’homme est-il l’amant de la boiteuse ? Cherche-t-il à acheter son silence ? Hajime se demande si ce n’est pas un rêve si réaliste qu’il l’affuble des oripeaux de la réalité. Il range l’enveloppe dans un tiroir, bien décidé à ne pas l’utiliser.

À trente ans, aimanté par une force d’attraction incoercible, il épouse Yukiko avec qui il aura deux filles. Aidé par son beau père, il ouvre un club de jazz puis un second à Aoyama ; il découvre que ce genre de travail lui convient à la perfection.

Il reçoit d’Izumi Ohara l’avis du décès de sa cousine : sa maîtresse d’autrefois. Cela lui prouve qu’Izumi ne lui a pas pardonné sa conduite. Un ancien camarade de lycée venu le saluer lui confirme qu’Izumi est une énigme, ne parle à personne, ne salue personne, n’ouvre sa porte à personne, fait peur aux enfants.

Hajime sélectionne son personnel pour ses compétences. « C’est comme l’art. Il y a une ligne tracée quelque part, certains êtres sont capables de la dépasser tandis que d’autres ne le pourront jamais. Par conséquent, quand on a la chance de découvrir quelqu’un qui a du talent, il faut le choyer et ne pas le laisser s’éloigner. Lui payer un salaire élevé. »

Vingt ans après, Shimamoto-san vient au club ; la force d’attraction du passé renvient en force. La jeune femme très discrète, apparaît, disparaît, au gré de sa fantaisie. Il l’emmène près d’un ruisseau pour qu’elle y jette les cendres de sa petite fille. Elle a un malaise qu’Hajime apaise en lui faisant avaler les cachets qui sont dans son sac à main. Shimamoto-san possède un monde intérieur indépendant auquel elle seule a accès. La voici guérie de son handicap grâce à une opération, désormais elle peut pique-niquer, skier, faire du patin à glace.

Hajime se concentre, évite le désœuvrement pour survivre au manque de Shimamoto-san.

Il refuse les manipulations boursières de son beau-père. Yukiko voit bien que son époux va mal, se pose des questions.

Shimamoto-san lui offre le disque de Nat King Cole qui chante South of the Border, au sud de la frontière qui donne son titre au livre. « À l’ouest du soleil » fait référence à l’hystérie sibérienne : une maladie. À Hakone dans sa maison secondaire, Shimamoto-san devient sa maîtresse une seule et unique fois.

Dès lors, il veut tout savoir d’elle. Elle lui promet une réponse le lendemain. Mais elle disparaît à jamais. Tout comme l’enveloppe avec les billets disparaît du tiroir pourtant fermé à clef.

Si Hajime n’avait pas retrouvé sa camarade de classe, il aurait continué à vivre sereinement sans ressentir la moindre insatisfaction.

Il croit reconnaître le visage d’Izumi à travers la vitre d’un taxi, un visage mort et silencieux, que toute forme d’expression a déserté. Cette rencontre dénoue quelque chose à l’intérieur de lui. Sans bruit, définitivement, une corde lâche.

Les ténèbres règnent.

Comme d’habitude, il ne se passe pas grand chose dans les romans de Haruki Murakami. L’initiation à l’amour d’un jeune garçon : tout cela est bien banal. Mais, il vit le présent comme un trésor, à la minute présente, se laissant tout entier aller à ses sensations et à ses sentiments sans pour autant les exprimer mais en les gardant enfouis au plus profond de lui-même. Son écriture a l’art de mettre en relief des merveilles sous l’aspect du monotone quotidien.

Bravo.

Shimamoto-san lui offre le disque de Nat King Cole qui chante South of the Border

Shimamoto-san lui offre le disque de Nat King Cole qui chante South of the Border

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