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Reflets dans un œil d’homme de Nancy Huston

15 Janvier 2014 , Rédigé par Nicole Faucon-Pellet Publié dans #j'ai lu

Nancy Huston, Reflets dans un œil d’homme

 

Reflets dans un œil d’homme est un livre difficile à lire.

À une époque pas si lointaine Simone de Beauvoir écrivait : « On ne naît pas femme, on le devient »

Pour Nancy Huston, c’est un truisme.

Hommes et femmes sont différents : c’est ce que l’auteur démontre ici. Bien que notre société nie la différence des sexes, elle l’exacerbe à travers les industries de la cosmétique, de la beauté et de la pornographie. Depuis qu’on a prononcé le divorce entre érotisme et enfantement, on veut nous faire croire qu’hommes et femmes sont « au fond » pareils. La contraception chimique a fait fondre comme neige au soleil la terreur ancestrale des grossesses hors mariage et des enfants illégitimes.

Elisabeth Badinter proclame : Nous ne sommes pas des chimpanzés. En effet nous sommes les seuls primates supérieurs à interdire l’inceste et nous avons élaboré autour de cette notion un système de parenté complexe avec des règles strictes d’endogamie et d’exogamie.

Nancy Huston prend le contrepied et affirme que les primates mâles sont programmés pour être stimulés par la vue de belles jeunes femmes afin de répandre leur semence chez le plus possible d’entre elles, maximisant ainsi les chances de survie de leurs gènes. Les banques de sperme le savent : elles mettent des exemplaires de Playboy dans les cabines avant de recueillir la semence des futurs papas.

Dans Reflets dans un œil d’homme, les femmes sont décrites comme des potiches ; pour exister, elles doivent séduire les hommes. Je suis d’accord avec Nancy Huston dont je vous livre quelques phrases : Avec leurs minauderies, leurs mômes, leur maquillage, leur coquetterie, leur façon de marchotter et de papoter, leur petitesse, leur superficialité : les femmes sont connes. Les femmes désirent plaire aux hommes ; c’est le but de tous ces vêtements, ces fards, ces bains, ces séances de coiffure, ces onguents, ces parfums, ces procédés pour arranger, peindre, refaire le visage, les yeux, la peau… elles peuvent ainsi exercer une tyrannie sur les tyrans eux-mêmes.

Certes, ce n’est pas nouveau, Néfertiti et Cléopâtre se fardaient…

Les femmes cherchent à imiter les modèles de minceur imposés par les industries du cinéma et de la mode. « La taille 38 c’est le harem des femmes occidentales » dit la sociologue marocaine Fatema Mernissi. Et elle ajoute : les Occidentaux n’ont pas besoin de payer une police pour forcer les femmes à obéir, il leur suffit de faire circuler les images pour que les femmes s’esquintent à leur ressembler. Anorexiques et régimophiles ne se contentent pas de singer ces modèles, elles les produisent, les contiennent et les chérissent.

On est bien loin de la mode hippie, baba cool et unisexe ou les garçons et filles s’habillaient pareil : pattes d’ef, chemises et cheveux flottants, zéro maquillage, zéro soutifs, nature, nature.

Aujourd’hui, les neuf dixièmes des boutiques de vêtements visent à attirer et à attifer les seules femmes. En revanche, plus un homme monte en puissance, plus son habillement sera sobre et foncé. Pourquoi la coquetterie, la décoration du corps pour attirer le regard de l’autre en vue de le séduire, serait-elle devenue chez nous une stratégie plus féminine que masculine ?

Les hommes avec leurs guerres, leur violence, leur machisme grotesque, leurs prétentions ridicules, leur besoin de parader, de se rentrer dedans, d’être le plus fort, d’avoir la plus belle bagnole, de draguer sont cons eux-aussi !

Face aux femmes et aux pouvoirs de leurs corps, le ressentiment des personnages masculins éclate. Relisez donc La Nausée de Sartre ou La Valse Aux Adieux de Kundera.

Selon les statistiques, une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son compagnon.

Pour Nancy Houston, l’anorexie occupe aujourd’hui très exactement la place qu’occupait l’hystérie à l’époque de Sigmund Freud.

Et que dire de l’horreur du vieillissement qui s’intensifie : acharnement chirurgical contre les rides, les bourrelets, les en-trop… La longévité des femmes ne cessant de croître, bientôt, elles devront se cacher pendant les trois quarts de leur vie !

Une femme dont la beauté se fane, dont les cheveux blanchissent, ménopausée depuis plusieurs années, devient invisible pour les hommes de sa propre culture.

Il est question de Lee Miller, d’Anaïs Nin, de Virginia Woolf, de Jean Seberg, de Henry David Thoreau, de Nelly Arcan née Isabelle Fortier, de Camille Claudel, de Rodin, de Virginie Despentes, de Norma Jean Baker mieux connue sous le nom de Marilyn Monroe qui finira par se jeter dans l’abus de substances qui provoqueront sa mort à 36 ans. d’Histoire d’O de Dominique Aury…

Il est aussi question des queers, des anti-breeders, du fist-fucking, de make-up, de slut walks ou marche des salopes… Ces termes américains ont gêné ma lecture.

Sinon, j’ai lu tous les romans de Nancy Houston et j’ai admiré son écriture et le montage de ses textes. Là, avec Reflets dans un œil d’homme, elle aborde des problèmes de société qui font réfléchir.

Allez Mesdemoiselles, Mesdames osez être vous mêmes, cessez de vous regarder dans le miroir, allez de l’avant !

Nancy Huston

Nancy Huston

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