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"Une Nuit en Juin" de Georges Patrick Gleize

6 Juin 2013 , Rédigé par Nicole Faucon-Pellet Publié dans #j'ai lu

Georges Patrick Gleize, Une Nuit en Juin

Pierre Barrès, son frère Roger surnommé La Hulotte et leur père Marcellin, habitent La Renardière : « un solide quadrilatère de granit, constitué de blocs assez grossièrement assemblés, qui a des allures de forteresse cathare et inspire le respect aux visiteurs ». L’action se passe à Dorres, en Catalogne, à côté d’Ur, de Font Romeu, d’Angoustrine, des Escaldes.

C’est la guerre. Le curé du village « vieillit les fausses cartes d’identité en les glissant sous la paille des prie-Dieu de l’église pour leur donner une patine crédible suite aux agenouillements des punaises de sacristie, femmes vêtues de noir et confites en dévotion venues faire oublier leur péchés cachés ».

Pierre et Roger sont résistants. Cette nuit de juin, ils font passer la frontière à un couple d’Anglais et à un Belge. « C’était sans doute des Juifs traqués, victimes de la politique xénophobe du gouvernement de Vichy, zélé serviteur de l’État nazi ».

Roger disparait cette nuit de juin suite à une fusillade que Pierre entend et ne peut oublier. Mais « par une tacite conspiration du silence, une de ces omerta qui plombe toute allusion pour détourner le dialogue vers des considérations moins épineuses, souvent d’ordre météorologiques, plus consensuelles aux oreilles de tous » personne ne parle.

Marcellin le père, le sauvage, ne sort du silence que pour faire des remarques aigres ou des réflexions désabusées. Alors Pierre se donne à fond à son travail, tente d’oublier.

Cette nuit de juin ne cesse de le hanter. Du coup, l’auteur passe un peu vite à mon goût sur son mariage, le décès de sa femme, la naissance de son fils Stéphane… comme si, lui aussi, était poursuivi par la disparition d’un frère.

Et puis, 30 ans après, un étranger arrive au village. Sa femme « c’était une grande blonde aux cheveux mi- longs péroxidés, gaufrés d’une permanente toute fraîche. Vêtue d’un pull-over orange qui moulait une poitrine avantageuse dont le téton cherchait désespérément à percer la laine, elle promenait une fin de quarantaine triomphante. De l’adolescent boutonneux aux sémillants quinquagénaires, en passant par ces petits vieux encore verts, Priape vicieux qui reluquent les jeunes filles en fleurs à la sortie des collèges, elle avait du en faire fantasmer plus d’un, agitant sous la couette leurs nuits de rêves les plus fous, les peuplant de pensées inavouables où son corps gracieux dansait la langoureuse parade de l’amour ». Elle ressemble à Hermine, cette fille du pays surnommée La Marmotte.

Pierre, en vieillissant, reproduit les attitudes de son père Marcellin. Et je me demande, si en vieillissant, on ne finit pas tous par ressembler à nos géniteurs… Lorsque son fils est en retard pour le repas, « il se contente de grogner en catalan quelque chose d’incompréhensible entre deux bouchées de pain accompagné d’un morceau de fromage assez odorant pour faire fuir un citadin épris d’exotisme rural ».

Les deux frères se retrouvent 30 ans après autour de l’ollada, une recette catalane ou le contenant a donné son nom au contenu. Et enfin, la vérité éclate, apaisant la famille.

Ça donne envie d’aller flâner vers Dorres, ses sources d’eau chaude, ses Catalans au sang chaud qui font des castells et portent des « faixa », cette ceinture d’étoffe généralement rouge bien serrée pour protéger les reins, siège de la force de l’homme.

Barcelone, Diada

Barcelone, Diada

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